Longtemps perçue comme un risque opérationnel, la fraude s’impose désormais comme un enjeu stratégique. Avec plus de 600 millions d’euros fraudés au premier semestre 2025, elle change d’échelle et de nature, portée par des organisations structurées et des outils technologiques de plus en plus sophistiqués.
Premier constat, la professionnalisation de la menace. « Nous ne sommes clairement plus dans l’amateurisme », souligne Jean Meplon, Head of Risk Management Department au Crédit Agricole. Les fraudes s’organisent comme de véritables entreprises, combinant data, scénarios marketing et exécution industrialisée, renforcées par l’IA et les deepfakes. Pour Barbara Delecourt, Fraud and Control Lead chez Nickel, la fraude recouvre deux réalités indissociables : celle subie par les clients et celle commise via les comptes qui servent de relais.
Face à cette évolution, la réponse passe par un changement de paradigme. Le contrôle ponctuel à l’entrée en relation ne suffit plus. « Il faut monitorer en temps réel », insiste Edouard Baussier, Solution Sales Director chez IDnow. Les établissements combinent désormais détection « à chaud » et « à froid » pour identifier des schémas complexes, en s’appuyant sur une exploitation beaucoup plus fine de la donnée.
Deuxième basculement, l’émergence d’infrastructures européennes. Le wallet d’identité numérique et les nouvelles réglementations (AMLR, vérification du bénéficiaire IBAN) ouvrent la voie à des standards communs. « Encore faut-il anticiper et s’en saisir », souligne Pierre Dabre, Chief Risk Officer chez Memo Bank, qui insiste sur l’importance d’intégrer les solutions technologiques avant même leur formalisation réglementaire.
Enfin, la fraude devient un sujet de gouvernance. « Elle prospère dans les silos », rappelle Barbara Delecourt. Coordination transverse, implication des instances dirigeantes et culture de prévention deviennent indispensables, sous la pression croissante des régulateurs. Au-delà de la conformité, c’est la confiance qui est en jeu, un actif central pour les institutions financières.
La lutte contre la fraude ne repose plus uniquement sur des outils. Elle suppose une orchestration collective, à la fois technologique, organisationnelle et européenne.
Rédaction : Finance Innovation