Bilan de l’écosystème FinTech français après l’année de crise sanitaire 2020

Partager sur facebook
Partager sur google
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Maximilien Nayaradou, Directeur général de Finance Innovation revient sur:

– L’état des lieux de l’innovation financière en France ;
– L’ouverture de l’écosystème fintech français ;
– Les tendances actuelles de la fintech à surveiller de près.

 

Saltana El Jazouli : Bonjour à tous et bienvenue dans ce premier épisode de Particeep Talks, rendez-vous de discussions et débats, en compagnie d’experts de l’écosystème FinTech français. J’ai le plaisir d’inaugurer cette série d’interviews avec Maximilien NAYARADOU, Directeur général de Finance innovation. Première question : quel bilan faites-vous de l’innovation financière en France durant cette période inédite de crise de la Covid-19 ?

 

Maximilien Nayaradou: Le bilan est assez contrasté en fonction des sous-secteurs de la FinTech ! Il y a eu cette année une forte croissance du paiement en ligne, e-commerce, financement des PME (accélération des trésoreries, suivi des créances…). Certaines start-ups ont pu voir leur rentabilité doubler et leur chiffre d’affaires multiplié par 4 ! Malgré cela, certaines n’ont pas pu voir le jour, notamment à cause de projets gelés ou reportés car ils étaient trop ciblés B2B (Insurtech…).

Heureusement, de nombreux projets intéressants en B2B portant sur la digitalisation des paiements pour les banques, la digitalisation des contrats ont tout de même émergé, les grands groupes souhaitant continuer leur marche d’innovation.

Globalement, la crise a permis une croissance de chiffre d’affaires et rentabilité dans 60% à 65% des cas.

 

 

Saltana El Jazouli: Pensez-vous que notre marché FinTech français est globalement ouvert par rapport à nos voisins anglais ou allemands ?

 

Maximilien Nayaradou: Il y a plusieurs degrés d’ouverture. Je pense par exemple à la partie RH : il y a une réelle volonté d’ouverture de recrutement de la part des FinTech, et ce pour divers profils tels que des ingénieurs, docteurs etc.

En termes d’ouverture de marché cependant, les français ont encore un travail à faire. Cela est majoritairement dû aux problèmes de réglementation car contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’Union Européenne ne règle pas tous les problèmes juridiques.

La finance est un métier très juridique : Nous labellisons des projets FinTech de la part de banques étrangères et certains n’ont pas cette possibilité de se déployer en France ! L’une des FinTech belge que nous accompagnons par exemple et qui traite sur l’affacturage des salaires n’a malheureusement pas pu se développer dans notre pays car les salaires n’ont pas le même statut de créances prioritaires par rapport à d’autres créances, aux impôts…

Ceci est un exemple typique qui illustre le besoin d’aller dans le détail et voir ce qui empêche l’opérabilité entre nos différents systèmes !

A mon sens, les FinTech ont encore du travail à fournir pour se déployer en Europe, pour inter-opérabiliser les écosystèmes etc mais ceci n’est pas toujours dû à leur volonté ; il y a également des barrières juridiques. Afin qu’une FinTech puisse entrer sur le marché allemand ou italien, il y a un réel investissement juridique de la part de ces derniers par exemple.

Il se trouve d’ailleurs que Finance Innovation fait partie de deux de projets collaboratifs qui visent à accélérer la digitalisation de l’écosystème financier. Nous faisions partie d’un consortium avec une structure italienne, qui a elle-même développé une plateforme dans le but de commercialiser des garanties de prêts auprès de banques italiennes. Nous nous sommes finalement rendu compte dans l’EIT digital que nous devions également promouvoir cette plateforme auprès des banques françaises. Il s’avère que même si nous proposons des solutions similaires sur le marché français, l’offre n’était en réalité pas complètement adaptée à la loi nationale. Pour conclure, tout cela demande donc une réelle adaptation et des investissements que je pourrais qualifier de « R&D juridique » .

 

 

Saltana El Jazouli: Merci Maximilien. Hormis ces axes de développement juridique, voyez-vous d’autres axes d’amélioration ou d’ouverture ? Technologiques ou autres ?

 

Maximilien Nayaradou: Il y a des barrières juridiques évidemment mais heureusement, ce n’est pas le cas pour tous les projets ! De nombreuses FinTech B2B ou purement technologiques ne sont pas confrontées à ces obstacles juridiques.

Afin de lever ces derniers, nous pouvons compter sur les levées de fonds de nos voisins étrangers, pour qui les tickets sont plus importants ! En effet, l’international devient un champ lorsque l’on conclut un tour de table à 100 millions d’euros par exemple. Ces FinTech internationales que nous voyons arriver au sein de Finance Innovation doivent finalement dépenser cet argent sur le marché français.

Pour conclure, effectivement, dans des verrous de l’écosystème sur tout ce qui est scalable, le fait que les levées de fonds en France soient en moyenne inférieures à l’Allemagne, cela joue un rôle dans le déploiement un peu plus ralenti des FinTech françaises, qui ne sont pas moins compétitives ou moins avancées dans leur déploiement au niveau européen pour autant !

 

 

Saltana El Jazouli: Nous parlions justement de la compétitivité des FinTech françaises… Quelles sont les tendances que vous surveillez de près en ce moment ?

 

Maximilien Nayaradou: Il y a diverses tendances, à commencer par la cybersécurité : beaucoup d’innovations sur ce sujet. Cela est très intéressant à analyser car la cybersécurité est à l’origine très tendance mais dans d’autres domaines que la FinTech et ces innovations vont régulièrement être adaptées au notre (de plus en plus d’interopérabilités entre les différents systèmes d’information dans le cas de la DSP2, entre les banques, les FinTech etc).

Il existe aujourd’hui un réel besoin de la part du consommateur final ou des grands groupes d’être rassuré par les FinTech concernant la lutte contre les pirates, contre la fraude.

De plus, bien que le déploiement de l’Intelligence artificielle soit un sujet en vogue depuis des années, nous avons pu voir une belle accélération de ce domaine en 2020.

Enfin, il y a une montée en puissance des FinTechs traitant la data : le data mining, réseaux neuroneaux etc mais également ce que j’appellerais « utilisation des nouvelles données » : données satellites, photos, images, data extra financière. Toutes ces start-ups dans le Big data qui s’intensifient et qui permettent d’accompagner la transition énergétique, d’aider à l’émission d’obligations vertes.

 

 

Saltana El Jazouli: Merci Maximilien. En tant que Pôle de mises en relation, comment qualifieriez-vous les besoins de vos corporates ? Quelles sont les thématiques énoncées lors d’une demande de mise en contact avec vos FinTech & Insurtech ?

 

Maximilien Nayaradou : Ce que je trouve intéressant par rapport à l’évolution de l’usage qu’ont les grands groupes du Pôle, est qu’ils sont de plus en plus dans une logique d’écosystème.

Ces derniers prennent conscience que l’ouverture est intéressante avec une intensification de productivité et d’innovation ! De nombreuses grandes entreprises et corporates ventures font appel à nous afin d’entrer dans cet écosystème, de découvrir les tendances, de faire de la veille et à terme pour investir.

Il y a également une réelle volonté d’établir des POC de la part de nos acteurs mais qui ont toujours du mal à les industrialiser. C’est à ce moment que le Pôle entre en jeu, afin de faire des mises en relation entre les FinTechs, les consultants et les SS2i.

Nous faisons donc la promotion de deals qui sont faits en front avec une SS2i, en incluant la FinTech au sein de celui-ci. Les consultants permettent alors de passer à l’échelle des solutions. Ce type de partenariat est une manière pour nous d’aider les Start-ups à se déployer dans les grands groupes et notamment d’industrialiser le secteur, qui peine parfois à cranter.