Chaintrust : la saisie comptable face à la transition digitale  

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Le métier d’expert-comptable est au carrefour de sa transformation digitale : la profession doit s’adapter et accélérer sa digitalisation pour répondre aussi bien quantitativement que qualitativement aux attentes des clients. Mikael Gandon, CEO de Chaintrust, dresse un portrait réaliste de ce secteur, avec à l’horizon une mutation de la saisie comptable notamment grâce à l’IA. 

 

 

Comment se porte le marché de la comptabilité aujourd’hui ?

 

Le marché de la comptabilité reste solide et en croissance mais il est encore très atomisé. Le marché global de l’activité comptable en France représente environ 20 milliards d’euros. Sur ce marché, environ 50% concernent la saisie comptable, mais ce pourcentage global varie en fonction des cabinets. Certains ne vendent la saisie comptable que comme un produit d’appel, et facturent principalement du conseil et des outils d’analyses, tant que d’autres restent encore très axés sur la tenue des comptes.

 

La typologie des cabinets est donc multiple, avec une sensibilité au numérique assez variée. Le COVID a eu un fort impact sur le marché en un temps record : la numérisation des cabinets s’est accélérée, parfois de manière chaotique, et les cabinets ont subi une surcharge de travail très importante, encore accentuée par la période fiscale.

 

Avant le COVID, le marché était clairement divisé en deux : d’un côté les cabinets numérisés, puis ceux qui ne l’étaient pas. Aujourd’hui, le gouffre numérique se caractérise plutôt par la qualité de la numérisation et la fluidité des processus de traitement mis en place au sein des équipes.

 

En revanche, l’impact de la loi PACTE sur le marché reste encore limité à ce stade, mais certains commissaires aux comptes effectuent déjà une transition vers une activité hybride.

 

 

Quels sont les enjeux auxquels font face les Experts-Comptables et les Directeurs Financiers aujourd’hui ?

 

Les Experts-Comptables et les Directeurs Financiers font face à deux enjeux majeurs : la gestion de la donnée financière, et le recrutement. Cependant l’intensité avec laquelle ils vivent ces enjeux diffère.

 

Les Experts-Comptables font essentiellement face à des difficultés de recrutement.

 

Aujourd’hui, le métier de la comptabilité demande un fort investissement personnel à cause des nombreuses échéances fiscales tout au long de l’année (TVA mensuelle, liasse fiscale, DSN…). Les jeunes qui rejoignent le métier de la comptabilité doivent s’adapter à des horaires difficiles et prendre un grand volume de décisions qualitatives complexes au quotidien, sans bénéficier de salaires au-dessus du marché.

 

D’autre part, les comptables, interlocuteurs privilégiés des patrons de PME, sont surexposés à la complexité administrative, et doivent gérer seuls d’innombrables formalités avec peu d’informations et des délais souvent très courts.

 

Les cabinets évoluent donc dans une urgence constante, et connaissent un turnover important.

 

Nombreux sont les experts-comptables qui ne parviennent pas à dégager du temps pour numériser efficacement leur cabinet et mettre en place des processus de travail efficaces, ce qui accentue encore leur vulnérabilité face aux démissions en série.

 

Les Directeurs Financiers souffrent de leur côté de problématiques liées au data engineering.

 

Il y a quelques années encore, peu d’outils existaient sur le marché pour analyser les données financières et sortir des indicateurs qualitatifs sur la santé de l’entreprise (marges, implantations géographiques, paniers moyens, taux de transformations…). Aujourd’hui, les outils se multiplient (TableauPowerBI…) mais chacun répond à un besoin spécifique, et ils ne sont pas forcément bien connectés entre eux.

 

D’autre part, il n’y existe pas encore d’outil sur le marché permettant de traiter en exhaustivité et à l’échelle les deux sources fondamentales de la donnée – la facture et le flux bancaire – et de les intégrer dans un processus global de description agnostique des informations financières.

 

C’est le chaînon manquant de la comptabilité, qui permettrait à tous les autres outils de fonctionner correctement, et c’est l’ambition de Chaintrust.

 

 

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de lancer Chaintrust ?

 

Après 8 ans en cabinet comptable, je ne trouvais pas d’outil efficace pour automatiser ma saisie comptable. Il y avait les « OCR » qui pouvaient transformer des factures PDF en écritures comptables, mais ceux-ci avaient un faible taux de réussite et demandaient beaucoup de configuration.

 

Je souhaitais créer un outil permettant d’automatiser simplement et sans configuration la saisie comptable, c’est-à-dire transformer les factures PDF ou JPEG en écritures comptables directement dans le logiciel du client sans aucun paramétrage.

 

Pile au moment où cette idée germait, le FEC (Fichier des Écritures Comptables) venait d’être rendu obligatoire par Bercy. Le FEC est un format qui reprend toute la comptabilité d’une société sous un format standardisé. Ce format est donc le format parfait pour « décoder » les schéma comptables grâce à des algorithmes d’IA.

 

Les outils de lecture de facture (OCR) existent depuis longtemps, par contre aucun outil ne permettait d’entrainer des algorithmes pour comptabiliser les données extraites dans les bons comptes de bilan et de compte de résultat. Le FEC était l’élément manquant permettant d’automatiser la saisie comptable.

 

En combinant une IA qui analyse le FEC avec un OCR performant il est enfin possible d’automatiser totalement la saisie comptable.

 

 

Comment êtes-vous passé de cette idée à un produit ?

 

J’ai eu l’idée de lancer Chaintrust durant l’été 2018, j’ai tout de suite demandé à deux amis de me rejoindre dans l’aventure.

 

Pierre Hersant, qui après le Wagon et Lion a été premier employé dans la Startup HostnFly en tant que développeur informatique, et Pierre Chopin qui après son doctorat à Polytechnique a commencé sa carrière en tant que Lead Data également chez HostnFly.

 

Ils avaient tous les deux la fibre entrepreneuriale et l’envie de se lancer dans l’aventure.

 

Grâce à nos trois profils : Expertise-Comptable, Développement Informatique et IA, nous avions une vraie complémentarité, une compréhension du marché, des enjeux et de la technique.

 

Nous avons alors rejoint l’incubateur de Polytechnique ainsi que The Family et, pendant un an, nous avons développé cet outil.

 

A la fin de l’été 2019 nous avons eu nos premiers clients et nous avons commencé à rechercher des fonds pour nous développer. Nous avons alors rencontré Quentin Nickmans et Thibaud Elziere d’Efounders, avec qui le courant est tout de suite passé et avec qui nous avons fait une première levée de fond avec leur réseau et le soutien de la BPI.

 

 

Comment voyez-vous le futur ?

 

Les métiers du chiffre vivent une mutation, passant d’une activité de production et de reporting à un véritable travail d’ingénieur de données.

 

Toujours au cœur des flux de données et de la complexité administrative et financière des entreprises, ces métiers sont tirés progressivement vers l’analyse et le conseil, mais à date ne disposent pas tous d’outils vraiment efficaces pour traiter la donnée qualitativement et massivement.

 

Les plus efficaces d’entre eux mettent en place des processus quasiment industriels pour pouvoir manipuler les flux comptables et financiers de manière agnostique et tirent le maximum de bénéfices de la numérisation du secteur. Ces processus demandent cependant des investissements humains et financiers massifs, transformant les cabinets d’expertise en structures fortement capitalistiques.

 

Les moins efficaces continuent de voir la comptabilité comme une activité essentiellement artisanale, et souffriront à moyen terme d’une faiblesse fondamentale dans leur rapport au marché, car malgré leur présence indispensable dans les interactions financières de l’entreprise, ils ne sauront pas tirer parti des données qui transiteront par eux.

 

A terme, nous verrons l’apparition de profils hybrides Informatique–Comptabilité, qui seront très rares sur le marché car peu de formations permettent d’avoir ces compétences transverses. Le DSCG ou les formations d’école de commerce ne proposent que très peu d’heures de formation en Python ou Ruby. Par ailleurs, les pays Anglo-Saxons ont une avance considérable sur nous dans ce secteur.

 

Il devient donc urgent de modifier en profondeur les formations du chiffre pour donner aux futurs professionnels toutes les cartes pour maîtriser les enjeux de Data et de transformation numérique.

 

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De gauche à droite : Mikael Gandon CEO, Pierre Hersant CPO et Pierre Chopin CTO de Chaintrust