Finance et climat : du risque à l’action, un changement de paradigme

Face à l’urgence climatique, la finance change de rôle. En France, la décarbonation nécessitera 82 milliards d’euros supplémentaires par an, auxquels s’ajoutent environ 10 milliards pour l’adaptation. Un effort qui fait basculer le risque climatique au cœur des décisions financières.

Premier basculement, la nature du risque. « Les risques climatiques sont aussi des risques financiers », rappelle Josselin Dupont-Tronville, directeur de l’engagement à La Banque Postale. Aléas climatiques, chaînes de valeur fragilisées, actifs devenus difficilement assurables : ces facteurs impactent directement entreprises et prêteurs, y compris sur l’ensemble de leur chaîne de valeur. Le sujet se déplace progressivement de l’atténuation vers l’adaptation, avec des conséquences économiques immédiates.

Deuxième évolution, les méthodes d’analyse et d’action. Les acteurs financiers structurent leurs approches. Goodvest revendique une approche d’exclusion stricte, combinant filtres sectoriels, empreinte carbone, biodiversité et politiques de vote. ING déploie des plans de transition clients intégrant des critères quantitatifs et qualitatifs, avec une attention croissante portée aux émissions évitées et à l’accompagnement stratégique. À La Banque Postale, ces engagements s’inscrivent dans une gouvernance dédiée et des trajectoires alignées avec des standards internationaux.

Troisième enjeu, la mobilisation collective. Selon Cécile Goubet, directrice générale de l’Institut de la finance durable, le passage à l’échelle suppose un cadre stable. Or plusieurs freins persistent : manque de données, difficulté à mesurer certains risques, nécessité de mutualiser les coûts et rôle plus structurant des États dans la gestion des risques.

La transition impose enfin un changement de logique : il ne s’agit plus seulement de réduire son empreinte, mais de sécuriser son modèle économique face aux chocs climatiques. Les décisions d’investissement prises aujourd’hui conditionnent directement la résilience de demain.

Rédaction : Finance Innovation