Financement des FinTech : Aston mise sur la solidarité pendant la crise sanitaire

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L’épidémie du COVID-19 a contraint les startups et les FinTech à s’adapter, tout en gardant un oeil sur le tableau de bord : comment maintenir son activité et assurer sa santé financière dans un contexte difficile ? Aymeric Dupas, directeur général d’Aston iTF, nous explique comment l’écosystème FinTech sait faire d’agilité et de solidarité pour accompagner les entreprises pendant la crise sanitaire.

 

 

Comment les startups et les FinTech font face à cette crise sanitaire ?

 

En ce qui concerne les startups et les FinTech, nous sommes confrontés à trois sujets : premièrement, les opportunités de new business varient selon les profils des entreprises et leurs cibles commerciales pendant cette crise. Ensuite, le risque de churn est plus élevé et doit être pris en compte. Et enfin, la question du financement pendant cette crise est très importante car, structurellement, la plupart des start-up et FinTech sont déficitaires. L’absence de levées de fonds et de financements dits classiques peuvent causer de réels problèmes, surtout si on cumule ce facteur à ceux évoqués précédemment, à savoir une baisse du new business et une augmentation du churn.

 

 

Quels sont les outils et les solutions qui permettent de sécuriser autant que possible les finances des entreprises pendant cette crise ?

 

Nous observons trois points principaux pour sécuriser au maximum les finances :

 

  • Il est impératif de maîtriser encore mieux sa trésorerie et son cash. Cela veut dire d’être capable de faire des prévisions de trésorerie, de rentrées d’argent. Il faut donc avoir une maîtrise de ses données et disposer des tableaux de bord adaptés à la situation.
  • Ensuite, il est nécessaire de connaître et de suivre le comportement de paiement de ses clients, afin de savoir qu’elle va en être l’évolution. Il faut ensuite soit anticiper, ou au pire pouvoir constater ces comportements. L’objectif principal étant d’éviter de naviguer à l’aveugle.
  • Enfin, la première raison de non-paiement d’une facture, c’est l’absence de relance, car les startups, et la plupart des PME d’ailleurs, ne disposent pas forcément des ressources pour relancer leurs factures de façon systématique et efficace. Plus de 90 % des startups et PME n’ont pas encore digitalisé leur poste client, et leur gestion des factures clients. Donc, dans des situations où le moindre euro de cash va être encore plus important qu’avant, il faut s’assurer de pouvoir relancer systématiquement toutes les factures. Cela implique de faire appel à des systèmes, à des outils d’automatisation intelligente en matière de recouvrement. Faute de cela, l’entreprise prend le risque de se priver d’entrées d’argent importantes.

 

Cette gestion saine des finances de l’entreprise est décisive lorsque l’on cherche des financements via des levers de fonds ou des PGE (Prêts Garantis par l’État). Lors de ce process, la question qui revient souvent est : « Comment maîtrisez-vous le paiement de vos factures clients » ?

 

Si le new business est en baisse, et que le churn augmente, l’accès au financement devient problématique. Les financeurs vont étudier attentivement les entreprises et chercheront à identifier celles qui auront la capacité à survivre sur du moyen terme. Ils vont observer comment l’entreprise sait se préparer de façon formelle : quel est son plan COVID-19, quel est son plan de restructuration pour traverser la crise. Et, surtout, ils vont étudier la capacité de l’entreprise à gérer sa trésorerie. Une entreprise qui ne réussit pas à démontrer à un financeur qu’elle est capable de maitriser sa trésorerie, le comportement de ses clients et sa politique de recouvrement diminue ses chances d’accéder au financement.

 

 

Le mot qui revient souvent à l’esprit c’est : « anticiper ». Mais il est très difficile de pouvoir anticiper un contexte comme celui que nous vivons. Il semble que les entreprises tentent de gérer cette crise au jour le jour. Qu’en pensez-vous ?

 

En effet, je pense qu’il était impossible d’anticiper la pandémie. Quand je parle de plan COVID-19, je fais référence à la capacité de l’entreprise à être agile et à régir en se disant : « C’est le confinement, comment j’analyse le risque avec mes VCs, comment j’analyse le risque sur notre business ? ». Et bien évidemment, l’impact sera très différent d’une entreprise à une autre. Par exemple, chez Aston iTF, nous n’avons jamais été autant sollicités parce que, de par notre métier, nous sommes un des vecteurs pour aider les entreprises à traverser la crise.

 

 

Justement, quels sont les impacts directs de cette crise sur l’activité d’Aston iTF ?

 

Nous avons mesuré les impacts en trois points :

 

  • Dans un premier temps, nous constatons un impact lié à la gouvernance et la stratégie. Il s’agit d’analyser les conséquences de la crise et de trouver les moyens pour la traverser. Cela implique une réflexion sur la restructuration et la mise en place d’une nouvelle organisation, notamment avec la gestion du télétravail.
  • Il y a également un impact humain indéniable. Tout le monde se retrouve chez soi, et il faut tenir compte des différentes situations : les familles avec un ou plusieurs enfants à la maison, mais aussi les collaborateurs qui vivent seuls, et avec qui il faut garder un lien social.
  • Face à cette situation vient une troisième réflexion : quel rôle solidaire une entreprise comme Aston peut jouer ? Pour y répondre, nous avons décidé d’offrir une série de webinaires afin de partager nos connaissances sur la gestion de la trésorerie et le pilotage du cash. Et nous mettons en place un système permettant de profiter gratuitement de notre solution pendant 6 mois pour aider les entreprises, à faire entrer du cash et à mieux gérer leur relation client. L’objectif est de traverser cette crise à cout zéro.

 

 

Vos initiatives démontrent qu’il existe une réelle solidarité au sein de la communauté FinTech…

 

Je suis complètement d’accord. D’ailleurs, c’était l’objet du webinaire organisé avec FINANCE INNOVATION et le collectif Smart Recouvrement (avec GCollect et Libéo entre autres). Nous avons échangé avec eux lorsque la crise est arrivée en sachant que la trésorerie allait être le nerf de la guerre pour les startups, les FinTech mais aussi les PME. Le journal du Net a publié un sondage indiquant que 55% des dirigeants de PME estiment qu’il y a un risque réel ne pas réussir à traverser la crise. À partir de ce constat, nous nous sommes dit : « À notre niveau, que pouvons-nous faire pour aider les entreprises ? » Pour y répondre, deux façons de faire se sont imposées : partager ce que nous savons, nos best practices, et aider les entreprises à traverse la crise à moindre coût.

 

 

L’après crise : À votre avis, allons-nous assister à une redistribution des cartes au sein de l’écosystème ? Comment vous voyez-vous l’après COVID-19 ?

 

L’Après COVID-19 va poser pas mal de questions. La première est : combien de temps va durer l’après COVID-19 ? Si on compare cette crise sanitaire à la crise des subprimes en 2008, on pensait à l’époque en avoir terminé avec la spéculation financière les traders, alors que deux mois plus tard, c’était reparti de plus belle.  Est-ce que nous allons vers un nouveau monde post COVID-19, ou est-ce que nous allons vite perdre les bonnes habitudes que nous prenons en ce moment ? Il est encore trop tôt pour le savoir. Mais cette crise va certainement redistribuer un certain nombre de cartes et bouleverser les modes de fonctionnement, car pour traverser une crise comme celle-ci, il faut prendre des décisions très rapidement sur des sujets qui, en temps normal, auraient eu du mal à évoluer. Prenons l’exemple du télétravail. Dans le milieu bancaire, il était impensable de l’adopter il y a encore quelques mois, et finalement, on y vient. En 48h, toutes les banques sont passées au télétravail sans que ce soit un souci majeur.

 

 

On a l’impression que cette crise a joué un rôle d’accélérateur dans les changements d’organisation, mais il semble aussi que les entreprises et les collaborateurs sont de plus en plus en recherche de sens dans ce qu’ils font au quotidien…

 

On voit qu’il y avait des tendances humaines et sociales qui se dessinaient : le retour du made in France, des valeurs humaines, familiales.  La question du worklife balance était déjà posée. Par la force des choses nous sommes obligés de redécouvrir la consommation locale, nous devons revoir notre équilibre vie privée – vie professionnelle, car nous devons prendre soin de nos enfants. Et nous nous rendons compte que le télétravail fonctionne très bien, même à 100%. Je pense que des entreprises vont perdurer dans ce mode de fonctionnement. Humainement, tout cela nous amène à nous poser des questions. Cela nous permet de faire un état des lieux et de faire le tri entre nos croyances, nos anciens modes de fonctionnement, et ce qui nous semble plus adapté à nos modes de vies aujourd’hui.