Fintech Horizon 2021 : KleinBlue analyse l’écosystème fintech français (Interview)

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À l’heure ou le premier trimestre 2021 s’achève dans un contexte toujours fragile pour l’économie, revenons sur l’étude Fintech Horizon France présentée en février par KleinBlue, qui accompagne les dirigeants des secteurs de l’assurance, de la banque et de la santé pour identifier les tendances de demain et co-construire des stratégies innovantes en apportant l’audace et l’énergie des startups. Grâce à sa plateforme propriétaire, Klein Blue permet aux acteurs d’accélérer l’acculturation des collaborateurs et l’activation d’opportunités de collaboration et d’investissement avec les startups les plus prometteuses. Emma Six, analyste Fintech, nous commente les temps fort de cette analyse.

 

Voir l’étude Fintech Horizon 2021

 

Malgré la crise, on se rend compte que l’écosystème Fintech enregistre des résultats encourageants. Comment expliquer ces résultats ? Est-ce que l’écosystème a le sens de l’adaptation gravé dans son ADN ?


Comme tous les secteurs d’activité, l’arrivée de la Covid-19 et les confinements successifs ont affecté celui de la fintech. Mais il est en effet important de souligner son dynamisme constant et ses résultats encourageants durant cette année 2020. L’écosystème français a continué à attirer les investisseurs (670m€ levés en 2020 vs 624m€ en 2019) et à gagner en maturité (accroissement des opérations late stage et hausse du ticket moyen). Ce dynamisme est dû à 3 facteurs : le soutien financier dont les fintechs ont bénéficié ainsi que leur capacité à s’adapter et à saisir les opportunités.

 

1. Les fintechs françaises ont été soutenues par l’Etat grâce à différentes aides financières (PGE, paiement différé de cotisations, chômage partiel) mais également par leurs investisseurs qui n’ont pas hésité à les soutenir financièrement et à les accompagner durant la crise. Ces aides financières se sont révélées nécessaires notamment pour les acteurs early stage qui ne pouvaient pas compter sur une base de clients pour soutenir leur croissance.

 

2. Le sens de l’adaptation des fintechs françaises est également un élément important à souligner. Pour la plupart d’entre elles, le télétravail n’était pas une nouveauté et des outils internes adaptés étaient déjà en place. Le management agile des fintechs leur a permis de s’adapter plus facilement que les grands groupes à ce nouveau mode de fonctionnement 100% online.

 

3. De nombreuses fintechs ont profité de la prise de conscience généralisée d’une nécessaire digitalisation des services financiers. C’était en effet le moment opportun pour elles de prouver l’agilité de leurs services fondés sur une expérience client optimale. Plusieurs secteurs se sont démarqués. Bien entendu, avec l’essor des achats et du paiement en ligne les fintechs proposant des services aux e-commerçants ont gagné de nouveaux clients. De nouveaux cas d’usage, couverts par les fintechs, se sont également développés notamment dans le Retail avec des solutions de paiement en plusieurs fois comme le propose Alma ou encore d’analyse du comportement d’achats des clients, comme le développe Paylead. Côté wealthtech, les fintechs de la gestion de l’épargne en ligne ont bénéficié de la croissance de l’épargne des français, à l’image de Yomoni, qui a atteint 320 millions d’euros d’encours fin 2020, soit une hausse de +76% vs 2019. De nombreux services financiers proposés par les fintechs ont également été mis en lumière comme les solutions de financement, de gestion de trésorerie ou de gestion de la comptabilité pour les TPE et PME.

 

 

Concernant les levées de fonds, on constate une nette percée des néobanques. Est-ce que ce marché arrive à maturité au point de devenir les banques principales des clients ?

 

En effet, le montant total des fonds levés par les néobanques françaises était de 144m€ en 2020 vs 36m€ en 2019, mais cette hausse est principalement expliquée par le tour de table de 104m€ de Qonto. Bien que le marché couvre de nombreux projets prometteurs et gagne en maturité, en réalité, la part des clients ayant comme banque principale une néobanque reste faible.

 

En revanche, les principaux acteurs sur le marché cherchent à développer leurs services dans le but de le devenir. C’est notamment de cas de Memo Bank qui a obtenu un agrément bancaire complet et peut désormais proposer à ses clients professionnels des offres de crédit ou de Qonto qui cherche à obtenir le statut d’établissement de crédit. Les néobanques françaises devront s’armer et se diversifier pour obtenir une base de clients fidèles qui souscrivent à des offres payantes et continuer de croitre sans céder à la tentation du rachat par un grand groupe bancaire comme ont pu le faire Shine ou Nickel.

 

Le segment des professionnels est aujourd’hui bien adressé par les néobanques et ces dernières bénéficient de revenus récurrents pour continuer à se développer. En revanche, les néobanques pour particuliers ont plus de mal à décoller puisque la plupart de leurs clients souscrivent encore à des offres gratuites ou à des tarifs très bas. Malgré un dynamisme récent du marché des néobanques pour les adolescents et des néobanques éthiques, ces acteurs sont encore trop jeunes et n’offrent pas une gamme de produits suffisamment complète pour être choisis comme banque principale par les particuliers. Pour le moment, ces acteurs grandissent principalement grâce aux levées de fonds mais il sera intéressant de voir jusqu’à quand ils pourront évoluer sans être encore rentables. Même les challengers européens Revolut et N26 peinent à être rentables et cette situation ne s’améliore pas avec la covid-19.

 

 

 

Les levées de fonds dans le secteur Blockchain ont été moins importantes en 2020 versus 2019, pour quelles raisons selon vous ?

 

Les levées de fonds réalisées par les fintechs du secteur de la blockchain sont en général moins importantes depuis fin 2018. La crise du covid-19 a également fragilisé le secteur dans un premier temps, avec notamment une perte de confiance dans les cryptomonnaies et en particulier du Bitcoin qui a vu sa valorisation chuter en Mars 2020. Mais cette baisse des investissements ne représente pas le dynamisme de ce secteur et l’ampleur qu’il est en train de prendre. Et la reprise du cours du bitcoin fin 2020 montre que ce secteur est encore instable et qu’il est loin d’être arrivé à maturité. Je pense qu’aujourd’hui l’écosystème blockchain – fintech intéresse de nombreux acteurs (startups, entreprises, institutions financières) et que les investissements seront plus visibles sur les prochaines années. Aujourd’hui, le secteur fait également débat puisqu’il qu’il nécessite une régulation stricte qui tarde à s’imposer. En France, un cadre réglementaire a déjà été mis en place, notamment sur les ICO, et il est d’ailleurs parfois accusé de freiner l’innovation dans le secteur. Cependant, il est préférable de mettre en place un écosystème sain et transparent qui attirera ensuite les différents acteurs de la blockchain et des cryptomonnaies.

 

Cette année, de nombreux projets se sont développés autour des écosystèmes bitcoin et ethereum et nous avons également noté un engouement autour de la Defi (finance décentralisée) qui apporte une nouvelle alternative pour se financer. Les acteurs de la blockchain s’ouvrent également à d’autres secteurs comme l’art, le luxe ou le gaming notamment avec le développement des NFT (non fongible tokens).

 

Même les grandes institutions financières cherchent à tirer profit de ce secteur à l’image de la BCE qui souhaite développer un euro digital dans les prochaines années. Cette année 2020 a également été marquée par l’essor de certains services des fintechs spécialisées dans la blockchain comme les applications de trading et les plateformes d’échange de crypto-monnaies. Si pour le moment, ce sont des acteurs étrangers qui en ont le plus bénéficié (Robinhood, Binance), c’est une tendance qui pourra inspirer sur le long-terme des pépites françaises.

 

 

2020 a été riche en collaborations grands comptes X fintechs. Quels exemples marquants vous viennent à l’esprit ? Comment expliquer les succès de ces opérations ? 

 

En 2020, les grands groupes bancaires français ont continué à développer des partenariats avec les fintechs, à l’image de la BNP Paribas avec Tink pour améliorer ses services d’agrégation de comptes, d’initiation de paiement et de PFM en Europe. Nous avons également observé de nombreux rachats comme celui de la néobanque pour freelances et indépendants Shine par la Société Générale pour près de 100 millions d’euros, ou encore le rachat de l’agrégateur Linxo par le Crédit Agricole.

 

Le succès de ces opérations est expliqué par le fait qu’elles sont bénéfiques pour les grands comptes comme pour les fintechs et que les avantages apportés par ces collaborations sont bien supérieurs aux coûts engendrés pour les réaliser. Côté grands comptes, ces partenariats accélèrent la digitalisation de leurs services tout en remettant l’expérience client au cœur de leur offre. Ces opérations permettent plus généralement aux Corporates de mieux servir leurs clients et de conserver leur base de clients conséquente sans avoir à développer leurs propres systèmes. Côté fintechs, elles peuvent désormais appliquer leurs solutions à grande échelle auprès d’acteurs qui ont beaucoup d’expérience. C’est notamment le cas de Swile qui va développer sa solution de tickets-restaurants et titres-cadeaux dématérialisés auprès de 62000 salariés dès cette année.

 

Le succès de ces collaborations et les synergies qui en découlent sont aussi dues à la mise en place d’écosystèmes favorables autour des grands comptes et des fintechs comme les programmes d’accélération. C’est notamment le cas du réseau d’accélérateur du Crédit Agricole le Village by CA ou du Label WAI de la BNP Paribas qui favorise l’innovation dans la finance. C’est sur ce modèle de collaboration entre les grands comptes et les fintechs que va se construire le modèle bancaire de demain : les corporates assurant la viabilité des fintechs et ces dernières apportant leurs atouts en termes d’agilité et de digitalisation.

 

 

 

En dehors de la France : comment rayonne notre écosystème et comment est-il perçu ? 

L’écosystème fintech français se développe en Europe et est porté par des champions comme la néobanque Qonto qui s’est lancée en Italie, Espagne et Allemagne et la néobanque Nickel qui est déjà présente en Espagne et le sera au Portugal et en Belgique d’ici 2022. Côté services financiers, la fintech Agicap qui a levé 15 millions d’euros en 2020 se déploie aujourd’hui en Allemagne. Elles sont nombreuses à avoir une ambition européenne et à commencer leur développement chez nos voisins. Swile, qui a elle levé 70 millions d’euros en 2020 cherche à se développer sur le marché brésilien, très prometteur en termes d’avantages employés.

Les champions de la fintech française commencent également à attirer les investissements internationaux à l’image de Qonto et Lydia qui ont accueilli des investisseurs étrangers comme Tencent dans leurs dernières opérations. Et les fintechs françaises ont bien résisté à l’année 2020 grâce au soutien de l’Etat et des investisseurs, ce qui n’a pas forcément été le cas chez nos voisins européens. En général, l’écosystème français est bien perçu et il est vu comme l’un des marchés les plus compétitifs en Europe. Les aides de l’Etat sont notables et attirent les entrepreneurs (BPI France, crédit impôt recherche, subventions), ces derniers pouvant également bénéficier en France de nombreux écosystèmes pour développer leurs projets (Finance Innovation, Station F). La France est également bien perçue grâce à ses ingénieurs et développeurs très compétents et à la ville dynamique de Paris qui attire les talents étrangers. Côté corporates, les grands acteurs français multiplient leurs collaborations avec les fintechs ce qui peut être une porte d’entrée intéressante pour des startups étrangères.

 

Si l’écosystème fintech français rayonne et est bien perçu en Europe, il sera intéressant de suivre son évolution avec l’internationalisation de ses champions.