127 millions d’euros de préjudice sur les seules fraudes à la carte bancaire signalées via Perceval, près d’un milliard d’euros de pertes dans l’e-commerce en France, et un marché mondial de la fraude estimé à 422 milliards de dollars par an. Au Bank Tech Day, ces ordres de grandeur ont posé le décor : la fraude bancaire a changé d’échelle.
Premier enseignement, la fraude s’est professionnalisée. « Nous ne sommes plus face à un hacker isolé, mais à des organisations structurées », souligne Dominique Angot, Regional Manager France de BioCatch. Nourris par les fuites massives de données, les fraudeurs mènent des attaques ciblées, notamment via l’ingénierie sociale. « Le plus courant aujourd’hui, c’est la fraude au faux conseiller », observe Stéphane Lozé, directeur du contrôle permanent et opérationnel de Milleis Banque Privée, où le client réalise lui-même les opérations sous manipulation.
Deuxième évolution clé, la chaîne de fraude repose désormais largement sur les comptes mules. « 100 % de la fraude passe par ces comptes », rappelle Dominique Angot. Créés de manière industrielle ou à partir d’identités réelles, ils servent à exfiltrer rapidement les fonds, souvent vers l’étranger ou les cryptomonnaies.
Face à cette menace, les réponses évoluent. La biométrie comportementale permet de détecter en temps réel des signaux faibles, tandis que de nouvelles approches renforcent le KYC via des contrôles invisibles et dynamiques. « Le KYC est devenu une faiblesse car il est reproductible », note Laura Littler, CEO d’Oneytrust, qui plaide pour une analyse plus fine de l’identité digitale.
Mais la technologie ne suffit pas. Réactivité, connaissance client et accompagnement humain restent déterminants, notamment face à des fraudes où la victime est actrice. À plus long terme, un levier fait consensus : le partage d’information entre banques. Des initiatives internationales montrent qu’une coopération accrue peut réduire significativement la fraude, sans échange de données personnelles.
Dans cette course, une certitude s’impose : la lutte contre la fraude restera un rapport de force permanent, où l’IA renforce à la fois les attaquants et les défenses.
Rédaction : Finance Innovation