INTERVIEW : François Paulus (Breega) : « L’écosystème français se porte bien »

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Dans un contexte où tous nos repères ont été bouleversés, l’écosystème Fintech français peut se vanter d’avoir une bonne mine. Entre levées de fonds importantes et une quête constante d’innover, la France réussit à garder le cap et n’hésite pas à viser l’international. François Paulus (Co Founder & Managing Partner, Breega) nous dresse, exemples à l’appui, un bilan de santé complet des startups.

 

 

L’année qui vient de s’écouler a été riche en changements, avec, pour les entreprises, une nécessité de s’adapter à un contexte inédit. Comment Breega a pu mener à bien différents projets d’investissements, dont une levée de fonds initiée en 2019 et qui a abouti au printemps 2020 ?

 

Breega a continué d’investir tout au long de l’année 2020 malgré un contexte compliqué, l’an dernier nous avons effectué une quinzaine de nouveaux investissements. Le gros du travail d’investissement dans une startup qui consiste à étudier son business plan, son marché et ses métriques, et échanger avec ses équipes, se fait facilement à distance. Cependant, comme chez Breega on considère que l’investissement en capital risque est avant tout une affaire de personnes, nous essayons de nous réunir avec les fondateurs de la startup au moins une fois en présentiel avant d’investir.

 

 

Pouvez-vous nous citer quelques exemples de levées de fonds marquantes de ces derniers mois ? Par exemple, Didomi semble avoir profité d’un contexte dans lequel le partage et la protection des données s’est imposé comme un enjeu crucial pour les entreprises.

 

Il y a eu plusieurs annonces de levées marquantes ces derniers mois.

En seed, il y a notamment eu des belles levées, entre autres, de Ponicode (3,4 M€), Didomi (5M€) et reciTAL (3,5 M€). En Série A/ Série A+ il y a eu des levées de Libeo (20M€) et de MPower financing (25 M$). Enfin, nous avons aussi participé aux levées impressionnantes en Série C d’Exotec (90 M€) et de Curve (100 M$).

Si le contexte a été compliqué pour beaucoup de start-ups, certaines ont constaté une nette augmentation de leur activité. Cela est notamment vrai pour Neobrain, startup HR tech dans laquelle nous avons investi 3 M€ l’été dernier et, en effet, Didomi.

La croissance de Didomi, qui a créé une plateforme de gestion du consentement, a clairement été favorisée par l’accélération due à  la crise de la digitalisation et par la prise de conscience croissante des enjeux de protection des données. Sa talentueuse équipe fondatrice a su profiter du contexte favorable. Avec un revenu mensuel récurrent qui a plus que doublé ces derniers mois, la jeune pousse est présente dans 18 pays, dont les États-Unis et le Canada, et est leader de son secteur en France et en Espagne, et ce après seulement trois ans d’activité.

 

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur la levée de fonds de 3 millions d’euros réalisée par Ponicode, plateforme de tests unitaires basée sur l’Intelligence Artificielle ? Dans quelle mesure leur solution est innovante et a su séduire les investisseurs ?

 

Ponicode est une plateforme conçue pour les développeurs. Disponible dans quatre langages de codage (Javascript, Java, Python, Typescript), elle utilise l’intelligence artificielle, l’apprentissage automatique et le traitement du langage, pour générer des tests automatiques des lignes de code. Jusqu’ ici les développeurs devaient eux-mêmes générer leurs tests unitaires, c’est un processus très chronophage.

La plateforme de Ponicode, qui se branche sur n’importe quel environnement de développement intégré (EDI), permet aux développeurs de gagner du temps et aux entreprises d’améliorer la qualité de leurs logiciels, d’accélérer leur temps de mise sur le marché et de consacrer plus de temps à l’innovation.

C’est une nouvelle invention qui résout un réel problème pour les développeurs, une solution qui a du sens pour toute l’industrie. Quand le fondateur de Ponicode, Patrick Joubert, nous a parlé de son projet – nous n’avons pas attendu. Breega a donc mené le premier tour de table de 3 millions d’euros, suivi par Kima, Plug & Play Ventures et Bpifrance.  Ponicode progresse bien, un an après le lancement de sa plateforme en version beta, il compte plus de 6000 utilisateurs enthousiastes.

 

 

Neobrain, avec ses solutions à destination des RH, a également réussi une levée de fonds de 3 millions d’euros. Cela permet à cette jeune équipe de prendre un nouveau virage et de se lancer à l’international. Comment s’est déroulée cette opération ?

 

Paul Courtaud a créé Neobrain, avec son cofondateur Jeremy Jaillant, en janvier 2018. Leur objectif est d’aider les entreprises à s’assurer qu’elles ont le bon talent, au bon endroit et au bon moment. J’ai rencontré Paul pour la première fois lors d’un jury de startups dont j’étais membre.  Paul avait déjà monté et vendu une première entreprise, Futurness, malgré le fait qu’il n’avait que 24 ans à l’époque

Neobrain est une plateforme et une app qui utilise l’intelligence artificielle pour aider les entreprises à comprendre et à répondre à leurs besoins en ressources humaines. Pour ce faire, elle propose des programmes et des outils en ligne qui répondent à trois besoins clés : l’engagement et la fidélisation des salariés, la fluidité de la mobilité interne et l’alignement des compétences des salariés avec la stratégie de l’entreprise. Les salariés de l’entreprise bénéficient eux d’un espace en ligne personnalisé dans lequel ils peuvent évaluer leurs compétences et accéder à des programmes de formation intuitifs.

Neobrain a également développé un outil permettant aux entreprises de suivre les tendances RH et les offres d’emploi dans plus de cinquante pays.

Chez Breega, nous avons été rapidement convaincus par la technologie de Neobrain, par la pertinence de son offre, surtout à un moment où le monde du travail connaît de très grandes évolutions, et par le sens des affaires de son  jeune CEO, Paul.

L’ investissement s’est fait naturellement et rapidement malgré le contexte compliqué.

 

 

Au moment où le contexte sanitaire reste pesant, Breega continue d’avancer. Quels sont vos projets en cours, et plus globalement, quel bilan de santé peut-on dresser de l’écosystème Fintech en France ?

 

Chez Breega nous continuons en effet d’avancer ! Nous avons récemment annoncé le closing final d’un troisième fonds, doté de 110 millions d’euros et dédié au financement en pré Seed et Seed des start-ups tech européennes. Nous sommes aussi en train d’agrandir notre équipe au UK en embauchant de nouveaux talents pour notre bureau londonien. Plus généralement, dans les mois à venir nous allons renforcer notre présence en Europe, notamment en Espagne. Donc beaucoup de changements positifs en perspective !

 

Malgré un contexte tumultueux, l’écosystème français dans sa globalité se porte bien. En 2020 la France est devenue le premier écosystème tech de l’Europe en termes de levées de fonds, passant devant l’Allemagne. Quant à l’écosystème fintech, on voit des nouvelles startups prometteuses et l’émergence de quelques grands acteurs fintech, dont des futurs licornes tels que Swile, Payfit, Alan ou Qonto.   L’investissement dans le secteur reste dynamique. Après un ralentissement au deuxième trimestre l’an dernier, les investissements ont repris et les start-ups du secteur ont levé environ 800 millions d’euros, soit une progression de près de 20 % par rapport à 2020.

En tout, un bilan très positif pour la France, et pour Breega 🙂