Maximilien Nayaradou interviewé par TV Finance : « La Fintech est au cœur des entreprises »

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Le 7 juillet 2020, une semaine après sa nomination en tant que Directeur Général du pôle Finance Innovation, Maximilien Nayaradou était interviewé par Clothilde Gagnon pour TV Finance.

Clothilde Gagnon : Avant de parler de l’impact de la crise sanitaire sur les Fintechs et sur votre activité, revenons sur les dernières années, que peut-on dire de Finance Innovation, quel bilan peut-on faire ?

 

Maximilien Nayaradou : Finance Innovation est le cluster de la Finance digitale et de la Fintech, donc de la finance innovante, né en 2007. Durant ces dernières années, les membres du pôle ont levé plus d’un milliard d’euros d’argent privé, ce qui est un montant considérable, qui accompagne le mouvement de la Fintech, qui est un mouvement profond, en plus de 300 millions d’euros d’argent public (FUI, PIA, financements BPI sous forme de subventions et tours de table) ce qui est un bon bilan pour la Fintech française.

 

CG : Mouvement qui s’est vraiment accéléré au cours des 5 dernières années.

 

MN : Effectivement, l’accélération soudaine des levées de fonds privées date de 2015, grâce notamment à une baisse des taux d’intérêts qui a entrainé un mouvement très fort de la part des investisseurs, mais aussi des banques et assureurs vers la Fintech.

 

CG: Vous avez récemment été nommé DG, quels sont vos objectifs ?

 

MN : Continuer la stratégie du pôle en l’approfondissant, on a labellisé environ 600 projets depuis 2007, donc le but est de consolider les Fintech existantes et les aider à les faire passer à l’échelle puis de les accélérer, notamment grâce à des rapprochements de Fintechs, pour favoriser des plus grosses levées de fonds, comme c’est le cas chez nos voisins anglais et allemands. Il faudra accompagner leur développement domestique mais aussi et surtout à l’international.

Deuxièmement, le pôle est un endroit dans lequel se rassemblent les académiques, les fintechs et les grands groupes, donc le but va être de passer à l’échelle européenne puisque la finance digitale est un axe majeur de la Commission, avec des projets comme H2020, l’EIT, Innosup, etc, qui ont été mis en place pour tester et subventionner des solutions innovantes de Fintechs dans divers secteurs.

 

CG: Concernant la Fintech, est-ce qu’il est possible de quantifier les dommages causés par cette crises sanitaire ?

 

MN : Effectivement, c’est une période qui a été difficile mais on peut distinguer des sous-secteurs de la Fintech qui se portent beaucoup mieux que d’autres, par exemple le paiement en ligne, le transfert d’argent, avec par exemple IbanFirst qui fournit des preuves de paiement en une heure seulement, solution qui s’est avérée très utile quand il a fallu commander des masques, leur permettant d’acquérir des parts de marché pendant la crise. Il y aussi les KYC en ligne, signatures en ligne qui ont très bien marché. C’est le 3eme axe de développement du pôle, que l’on va appeler résilience et finance au service de l’économie, c’est tout ce qui est solutions innovantes complémentaires aux banques pour financer les TPE/PME, qui se sont beaucoup développé pendant le Covid.

 

CG: Quelles ont été les branches qui ont été le plus impactées ?

 

MN : Un peu plus compliqué sur le B2B, de nombreux projets ont été reportés à plus tard mais le positif étant qu’il n’y a pas eu d’annulations de projets, seulement des ralentissements. L’insurtech a aussi souffert de la crise, mais globalement ce qu’on peut retenir du Covid c’est que la finance digitale est un mouvement profond qui s’est « radicalisé » et une différenciation s’est faite naturellement entre les banques et assurances qui étaient déjà digitalisées et celles qui ne l’étaient pas.

 

CG: Pendant cette crise une page internet financement alternatifs a été créée spécialement pour répondre aux besoins des Fintechs, quelles sont les propositions ?

 

MN : Evidemment le gouvernement a mis en place le PGE, mais ce qu’on oublie souvent et c’est ce qu’on veut souligner, c’est comment les entreprises peuvent se faire financer par leurs clients, c’est des choses qui sont évidentes mais souvent une entreprise en mauvaise santé est une entreprise qui a du mal à se faire payer, donc il y a tout un champ sur cette page dédiée, qui concerne l’optimisation des encaissements, qui est un vrai sujet pour les TPE et PME. Cela passe notamment par des solutions de recouvrement des créances, avec des boites comme Rubypayeur, qui a multiplié son chiffre d’affaire par 8 pendant le Covid, car c’est une solution qui permet d’évaluer ses clients et de bien suivre ses encaissements. Ensuite le pilotage de la trésorerie est très important aussi, bien articuler les encaissements et décaissements, avec des boites comme Cashlab, qui s’est aussi beaucoup développée. Enfin l’optimisation de sa gestion financière, pour diminuer le coût administratif du suivi des facture, qui fait perdre un temps fou aux petites entreprises, des solutions comme celle de Libeo, Fintech de l’année en 2020.

 

Ensuite il y a un axe sur le préfinancement de la trésorerie, notamment le stock, avec par exemple Redfox Finance qui permet de financer des stocks non vendus. Au-delà des stocks, le financement de la R&D est un enjeu majeur auquel répond par exemple Self&Innov ou encore Neftys.

 

Enfin, sur une partie plus classique, le financement global, que ce soit la mise en concurrence des investisseurs financiers par des plateformes comme Tresoria ou Finkey, le financement en equity, avec des nouveaux modes de financements utilisant des monnaies virtuelles ou la blockchain, et enfin le financement en dette avec la fiducie pour les boites qui ont des problèmes de financement.

 

CG: La fintech qui peut être au service des entreprises est un discours qui n’est pas assez généralisé selon vous ?

 

MN : Je trouve qu’on reste trop dans un système fermé, le but du pôle est donc de promouvoir ces Fintechs auprès des régions, on est d’ailleurs membres de l’AFPC, on promeut donc ces solutions auprès des autres pôles de compétitivité. On est aussi membres de France Cluster qui réunit les pôles de compétitivité mais aussi les grappes d’entreprises. Nous faisons donc des actions collectives auprès de ces acteurs mais aussi auprès des régions. Ce qui est très important aussi c’est qu’on a mis en place un webinar qui cartonne, s’appelant « Deconfitech » en partenariat avec des associations comme la DFCG, pour rendre accessible ces solutions innovantes aux directeurs financiers et experts comptables. C’est aussi un axe de développement du pôle sur la période 2020-2022 : faire connaitre auprès des entreprises ces solutions trop méconnues.