[PORTRAIT DU MOIS] avec Boris Bourdet, CFA et CEO d’EquitInsight : Plateforme destinée à aider les investisseurs et analystes financiers

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Le Portrait du mois par FINANCE INNOVATION

Propos recueillis par Marie Cornet-Ashby

 

 

« Le métier d’analyste financier est riche de cas d’investissement argumentés de chiffres, de contenus rédactionnels, d’études de marché…  Les journées de 10 heures débutent par le recueil d’informations à travers la lecture de la presse (Les Échos, le Financial Times, etc.) sur le secteur concerné, puis l’écriture de recommandations en cas de nouvelle pour la communiquer en salle de marché aux vendeurs, afin qu’ils contactent les clients pour leur donner un message de lecture sur le sujet. Le reste de la journée est consacré à un travail conséquent de marketing et de recherche. Un métier de rencontres passionnantes qui m’a conduit dans toute l’Europe, en Chine, en Russie, aux États-Unis. J’ai réalisé aussi des introductions en bourse, un travail très dense de

concentration intensive sur plusieurs semaines … »,

Boris Bourdet, Fondateur et CEO d’EquitInsight

 

 

 

Depuis 2018, Boris développe EquitInsight, une plateforme destinée à aider les investisseurs et analystes financiers dans le processus de modélisation et de valorisation des actions, avec une approche fondamentale. 

 

Préalablement au lancement d’EquitInsight, Boris Bourdet collabore pendant 7 ans au sein de la société de gestion DNCA Finance, qu’il rejoint en 2011 en tant que gérant-analyste sur les fonds actions « market neutral ». L’équipe de trois personnes a initialement la gestion de moins de 0,5 milliard d’euros d’actifs pour parvenir à atteindre celle de 4,5 milliards d’euros au pic ! Boris est responsable d’un grand nombre de secteurs : la vente au détail, le luxe, la banque, les services publics, l’énergie, la santé, les technologies, l’aéro-défense et les compagnies aériennes. En 2018, il est classé par Extel Survey dans le 1er décile des professionnels de la gestion de fonds paneuropéenne (« Top 100 Pan-European Fund Management Individuals »). La même année, il quitte DNCA Finance pour explorer de nouvelles opportunités.

 

En 2005, Boris collabore en tant qu’analyste financier sell-side pendant 6 ans chez Natixis Securities en charge du secteur de la distribution spécialisée. Sa couverture est classée n°1 par Thomson Extel Survey Focus France en 2007 et en 2008. Par la suite, il rejoint le secteur du luxe. Identifié comme un profil à haut potentiel chez Natixis, il est intégré au programme RH préparant aux postes de management au sein du groupe.

 

Boris débute sa carrière en 2003 en tant qu’auditeur financier senior chez Ernst & Young, il y passe 2 ans à acquérir une solide expérience en comptabilité financière. Boris a 44 ans, il est diplômé de NEOMA Business School, Sciences Po Aix et titulaire du CFA.

 

 

Le choix de votre formation en dit long sur vos aptitudes en analyse fondamentale, modélisation financière et valorisation des sociétés cotées sur un grand nombre de secteurs…

 

Il m’a fallu un certain temps avant de m’orienter vers l’analyse financière… Dès mon plus jeune âge, je souhaitais devenir ingénieur par goût pour le bricolage, la création et la compréhension de mécanismes. J’ai commencé par math sup, mais les aléas de la vie m’ont conduit vers des rencontres qui n’étaient pas forcément compatibles avec mes études… Grâce à une mention au Bac, je me suis dirigé vers un parcours généraliste dans les sciences humaines à Sciences Po Aix. Passionné par les chiffres, j’y ai suivi le cursus Économie-Finance. Des années très stimulantes intellectuellement mais relativement conceptuelles ; j’ai donc décidé d’intégrer une école de commerce offrant la possibilité de stages en entreprise. C’est un camarade passionné par la bourse qui m’a donné l’envie d’aller dans cette direction. Je m’intéressais à la fois à la finance de marché et à la finance d’entreprise. Le métier d’analyste financier cumulait ces deux univers ; j’ai poursuivi cette voie !

 

 

Vous êtes doté d’une expérience très solide de quinze années en qualité d’analyste financier, pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Lorsque je suis arrivé sur le marché de l’emploi en 2003, peu après l’éclatement de la bulle internet, les embauches d’analystes étaient peu nombreuses. J’ai donc débuté par la lecture critique d’états financiers pendant deux années, en tant qu’auditeur au sein du cabinet Andersen, devenu EY en France. Même si cette expérience m’a permis d’approfondir mes compétences comptables, je poursuivais mon projet d’exercer le métier d’analyste financier. Par chance, le bureau d’analyse financière IXIS Securities (devenu Natixis Securities) où j’avais effectué un stage, m’a offert l’opportunité de pratiquer ce métier pendant six années. J’ai eu le plaisir durant cette période d’être récompensé de deux prix pour ma recherche en tant qu’analyste sell side. En parallèle, j’ai suivi durant trois années, une formation très intense pour passer le diplôme américain du CFA (Chartered Financial Analyst) que j’ai obtenu en 2009. Une certification aujourd’hui très demandée dans les propositions d’embauche.

 

En 2011 l’un de mes clients côté « buy side », m’a proposé de le rejoindre en qualité de gérant-analyste au sein d’un fonds actions chez DNCA Finance. Au départ, nous avons commencé avec la gestion de 350 millions pour atteindre près de 5 milliards…  Pendant sept ans, j’ai été amené à suivre jusqu’à 100 valeurs !

 

Une expérience passionnante, dans laquelle j’avais pour interlocuteurs des CEO du CAC 40 et des autres sociétés européennes. Mon approche afin d’être crédible, se devait d’être extrêmement pertinente sur tous les secteurs possibles.  Cependant…  je ressentais une très grande frustration, dans la conception très chronophage sur Excel, de modèles indispensables à ma fonction. C’est précisément à ce moment que l’idée d’EquitInsight est née !

 

Finalement, j’ai remonté la passionnante chaîne de valeur de l’information financière : l’audit, l’analyse financière sell side chez un broker puis l’analyse buy side au sein d’une société de gestion.

 

 

En 2019, vous créez EquitInsight qui est une plateforme de valorisation boursière en ligne. Quelles en sont les ambitions ?

 

EquitInsight est une plateforme SaaS de modélisation et de valorisation boursière à destination des professionnels de l’investissement. La souscription se fait en ligne par le biais d’un abonnement, donnant accès à des modèles financiers préétablis et mis à jour sur les principales sociétés cotées en Europe.

 

Son objectif est d’alléger le travail de création et de mise à jour de modèles, qui représente un tiers du temps de l’analyste financier. L’utilisateur n’a juste qu’à saisir ses propres estimations pour modéliser les trajectoires financières de ces sociétés et extraire des valorisations reflétant ses propres anticipations. Il se concentre ainsi sur des tâches à haute valeur ajoutée – la recherche d’alpha – afin d’optimiser le bon positionnement de ses estimations.

 

EquitInsight, au-delà d’être un véritable instrument de performance et de productivité, est aussi garante de fiabilité du fait des formules intégrées dans un environnement sécurisé. Les données de la plateforme sont stockées dans le respect de la RGPD et le paiement sous-traité à un acteur de référence dans la Silicon Valley. Les mises à jour concernent les données des comptes, mais aussi celles des marchés comme les cours de bourse et les taux de change… Les utilisateurs gagnent ainsi en réactivité en appuyant leurs choix d’investissement sur des chiffres qu’ils maîtrisent davantage.

 

Un service de plateforme SaaS de modélisation financière et de valorisation boursière fiable, interactive, réactive…

 

 

Un avantage compétitif pour quels utilisateurs, sous quelle forme ?

 

La plateforme est inspirée de mon expérience « buy side », elle est destinée principalement aux analystes financiers et aux gérants actions des sociétés de gestion qui pratiquent une gestion dite « active », c’est-à-dire une gestion qui sélectionne les actions en faisant au préalable un travail d’analyse fondamentale des sociétés émettrices de ces actions. Ce type de gestion est aujourd’hui challengé par la gestion dite « passive », incarnée par les ETFs, qui se contente de produire des paniers d’actions proposant une diversification à moindre coût.

 

EquitInsight vise à redonner des armes aux acteurs de la gestion active en leur permettant de se concentrer sur leur vraie valeur : le recueil d’informations et la connaissance sectorielle. Pour les gérants, elle doit permettre de « s’autonomiser » vis-à-vis des analystes et de réagir plus rapidement à l’actualité des marchés. Cela de façon très homogène et personnalisable.

 

J’envisage peut-être de proposer cet outil à des particuliers dotés d’une très bonne culture financière, dont le passe-temps consiste à investir en bourse.

 

 

EquitInsight séduit puisque vous êtes déjà approché par des partenaires, comme des institutions financières, avec une vision à moyen terme commune et un intérêt pour un consensus plus large et homogène…

 

L’idée est d’offrir aux gérants et analystes l’opportunité de se concentrer sur des tâches à grande valeur ajoutée dans un environnement homogène, fiable et réactif.

 

Aujourd’hui dans la base, sont proposés 65 modèles de sociétés. Mon souhait serait d’atteindre rapidement 200 modèles pour couvrir les principales capitalisations de l’indice STOXX Europe 600. Le travail de saisie des données est relativement chronophage, notamment pour les sociétés les plus complexes. L’intervention humaine reste importante, mais de nombreuses données pourraient être saisies automatiquement. L’intelligence artificielle permettrait d’automatiser la plateforme pour alléger le travail de saisie, et ainsi de fonctionner par échantillonnage… une plus-value technologique et un gain de temps pour l’utilisateur final. Des discussions en ce sens ont été engagées avec une start-up.

 

D’autres partenaires, en apportant des ressources humaines et une force de vente, contribueraient à une accélération du développement.

 

D’importantes structures de la Place s’intéressent aujourd’hui à la solution EquitInsight, qui pourrait les aider, au travers d’un partenariat, à moderniser et enrichir de leur offre. Au-delà, l’idée pour ces potentiels partenaires est de prendre part à notre vision à moyen terme. Celle-ci consiste à donner naissance à un outil de collecte de données qui ferait exister quantitativement un « smart consensus » en temps réel. Il s’agit de dépasser le consensus classique, établi périodiquement à partir des estimations de quelques analystes financiers sell side, pour collecter auprès de centaines de contributeurs un consensus reflétant véritablement les anticipations de ceux qui influent sur les cours de bourse : les investisseurs. Cela pourrait séduire les acteurs du marché cherchant à détecter plus rapidement les inflexions et ainsi, agir de façon plus réactive par rapport à leurs concurrents. Les équipes de Relations Investisseurs des sociétés cotées y trouveraient également un outil très utile dans le monitoring des anticipations du marché à leur égard. Enfin, ces données anonymisées pourraient venir alimenter une intelligence artificielle permettant d’améliorer la prédictibilité boursière.

 

 

Aujourd’hui, quels sont les axes de développement de votre société ?  Êtes-vous ouvert à de nouveaux partenaires ?

 

La promesse commerciale est très intéressante. Par la suite, la capacité de produire de la donnée supplémentaire via la plateforme l’est tout autant.

 

Je suis convaincu de l’utilité de la proposition de valeur d’EquitInsignt, qui entend fluidifier le travail des analystes à l’heure de la digitalisation, pour défendre leur performance face à la gestion passive.

 

Au-delà de la France, la solution online peut se déployer en Europe et aux États-Unis, où les marchés financiers sont très importants.

 

Tout partenaire industriel et les forces synergiques en général sont les bienvenus pour apporter les développements identifiés visant à accélérer l’adoption de l’outil EquitInsight !

 


 

Contact Boris Bourdet : https://www.linkedin.com/in/bbourdet

 

Site web d’EquitInsight : https://equitinsight.com

 

Présentation du concept en vidéo (EN) 

 

Crédit photo : © Mathieu Rainaud