Quel rôle pour les Fintech post-COVID-19 ?

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Découvrez notre tribune ouverte à Stéphane Dehaies (KPMG – Partner Banking & Fintech) 

 

La demande croissante en solutions digitales conduira les Fintech à jouer un rôle de premier plan.

Stéphane Dehaies (Associé, Banque & Fintech, KPMG France) | Leadership, 19 juin 2020

 

L’éclatement de la bulle internet du début des années 2000 a donné naissance à des géants technologiques comme Google. La crise financière mondiale de 2008-2009 a, quant à elle, favorisé l’émergence des Fintech. À quoi pourrait ressembler le monde post-COVID-19 et quelles pourraient-être les répercussions pour les Fintech ?

 

L’histoire nous enseigne que les événements importants incitent les écosystèmes et les entreprises à trouver des solutions innovantes à leurs problèmes et à créer de nouveaux modèles, adaptés aux nouvelles réalités. Je suis certain que nous allons de nouveau assister au même phénomène, dans un contexte où les modes de vie vont se réinventer pour simplifier la vie des consommateurs. Les initiatives solidaires vont de plus se développer au service d’une finance durable.

 

La pandémie de COVID-19 a d’ores et déjà mis en lumière l’importance de la digitalisation. Le recours aux distributeurs automatiques et à l’argent liquide a fortement baissé. Les agences bancaires sont fermées ou opèrent à temps partiel, et la fréquentation des de ces agences pourrait ne jamais retrouver son niveau d’antan.

 

Les Fintech, avec leurs roadmaps produits toujours plus innovantes et des investissements dans la technologie et la data toujours plus pertinents, sont bien placées pour affronter la tempête grâce à leurs modèles et structures opérationnels simples et agiles. Le coût d’exploitation total d’une Fintech peut être inférieur de 70% à celui d’une banque traditionnelle disposant d’un large réseau d’agences. Les systèmes des Fintech sont plus faciles à exploiter, plus flexibles, évolutifs et extensibles.

 

Ces facteurs sont autant d’avantages en faveur des Fintech. Il y a fort à parier que nous allons observer un regain d’intérêt et une forte hausse de la demande pour les services informatiques, autour du « Cloud » et de « l’Open Banking », que les Fintech offrent au sein de l’écosystème des services financiers. Les banques traditionnelles ont peut-être réalisé pendant la crise que le niveau de digitalisation était insuffisant : certaines d’entre elles ont eu du mal à structurer rapidement et en masse les prêts aux PME, et ont eu toutes les peines du monde à déployer les interfaces de programmation, nécessaires pour extraire des informations des autres systèmes ou encore des données de leurs systèmes comptables. Les banques mettent généralement une semaine pour finaliser un prêt. Certaines Fintech et banques en ligne peuvent désormais le faire en quelques heures.

 

Avant la pandémie de COVID-19 déjà, les services de capital-risque des grandes banques s’attelaient à racheter des Fintech et de jeunes startups prometteuses. Avec la reprise, cette tendance devrait s’accélérer pour les Fintech avec une résilience à toute épreuve, des produits innovants et une technologie comme avantage compétitif clé. Les grandes banques traditionnelles ont sûrement pris conscience du fait qu’elles ont besoin de collaborer plus largement avec les Fintech pour proposer des services digitalisés utiles à leurs clients et leur offrir plus d’autonomie ainsi que plus de transparence dans leurs services.

 

Toutefois, les retombées de la pandémie ne sont pas sans conséquences pour les Fintech, qui vont devoir relever plusieurs défis dont ceux de la gestion de trésorerie à court terme et de la guerre des talents qui va s’intensifier. La pression qui s’accumule devrait faire des victimes.

 

Dans l’univers bancaire, nous devrions assister à une « fuite vers la qualité et la confiance » car les clients sont de moins en moins enclins à prendre des risques et préfèrent placer leur épargne auprès de banques renommées. Elles sont perçues comme plus sûres en ces temps difficiles, grâce notamment à la garantie des dépôts qui s’exerce par le biais du Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) en France. Les revenus provenant des commissions d’interchange et des commissions de change devraient également baisser, ce qui pourrait pénaliser les néobanques dont le portefeuille d’activités n’est pas toujours assez diversifié.

 

Parallèlement, nous nous attendons à une forte augmentation des pertes de crédit et des créances douteuses, ce qui pourrait également porter un coup dur aux néobanques, ainsi qu’aux établissements de crédit opérant en points de vente et aux plateformes de financement de pair-à-pair. Les plateformes devraient également pâtir d’une réduction des flux de capitaux émanant des investisseurs car, fort naturellement, ces derniers sont désormais plus méfiants. Cela va certainement engendrer une contraction des volumes d’activité.

 

Nous pourrions par ailleurs assister à des évolutions majeures dans l’univers de l’investissement. Les sociétés de capital-risque et de capital-investissement qui se concentrent sur les Fintech devraient continuer à financer les entreprises qu’elles détiennent en portefeuille, mais il y a fort à parier qu’elles seront bien plus frileuses à l’idée de financer de nouvelles entreprises, qui disposent de capitaux d’amorçage ou qui en sont au stade de levée de fonds initiale. L’intérêt devrait se porter en grande partie sur les entreprises se situant à des stades plus avancés de leur développement. Les valorisations, parfois très (voire trop) élevées dans certains cas, devraient fortement diminuer également. Les investisseurs seront bien plus rigoureux dans leurs évaluations.

 

Nous pouvons ainsi nous attendre à une consolidation du secteur des Fintech à l’avenir et à plus de collaboration avec les établissements bancaires. Pour autant, les acteurs solides, qui apportent de fortes propositions de valeur, devraient réussir à poursuivre leur croissance et à prospérer en France et à l’international. Comment ? Grâce notamment au soutien de l’Etat et Bpifrance, qui mobilise toujours plus de capital (nouveau fonds de 500 millions d’euros) pour protéger et soutenir les belles licornes françaises, mais aussi via des investissements ciblés (52 investissements réalisés depuis mars 2020 et le début de la crise). Une nouvelle étude réalisée par KPMG au Royaume-Uni, sur un marché très mature, révèle de plus que près de la moitié des Fintech sont convaincues qu’elles disposeront d’une trésorerie et d’un fonds de roulement suffisants pour les 18 prochains mois, quelle que soit la situation, si elles parviennent à réduire leurs coûts de 25%, et ce même avec une baisse de 50% de leurs revenus.

 

Avec la reprise, il y aura de nombreuses opportunités d’investissement dans l’univers des Fintech. Certains segments du marché comme les services de paiement et de porte-monnaie en ligne devraient connaître un véritable boom. Les acteurs proposant des services d’identification en ligne devraient également prospérer. La pandémie a engendré une augmentation du nombre de fraudes et d’incidents liés à la cybersécurité car les hackeurs ont essayé de profiter du confinement. Ainsi, les entreprises qui offrent de nouvelles solutions technologiques dans ce domaine pourraient elles aussi connaître de beaux jours.

 

En parallèle, les consommateurs sont devenus plus conscients que jamais de l’importance de la santé et du bien-être. Dès lors, je pense que nous pourrions assister à l’apparition de liens plus étroits entre les services financiers et le secteur de la santé, car les clients voudront se protéger et pourvoir à leurs besoins, ainsi qu’à ceux de leurs familles. Ce pourrait donc être un autre domaine porteur pour les Fintech et les entreprises technologiques opérant dans le secteur de l’assurance. Nous anticipons également le développement de nouvelles offres par les Fintech, autour de l’innovation client pour une Finance durable et responsable mais aussi autour d’une économie plus solidaire, éthique et durable.

 

Toutefois, ce ne sera pas une sinécure. Certains acteurs opérant sur ces segments de marché pourraient être mis à rude épreuve et passer à la trappe. Mais, à l’ère de l’avènement des solutions digitales et du e-commerce, les Fintech auront l’occasion de jouer un rôle de premier plan dans cette nouvelle économie du sens et dans la transformation des services financiers, grâce à un nouveau mode de collaboration à inventer avec les Institutions Financières. En effet, de nouveaux enjeux sociétaux nous attendent.