Quelles perspectives pour le secteur de l’Assurance ?

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Quels sont les impacts de la crise sur le secteur ? A quoi va ressembler l’assurance dans 10 ans : quels nouveaux produits ? Quels nouveaux services ? Quels nouveaux modèles ? Entretien avec Bertrand Lauzeral, Associé chez Exton Consulting.

 

Un mot sur la crise que nous vivons et ses conséquences sur le secteur de l’assurance ?
La crise sanitaire a eu plusieurs conséquences brutales pour le monde de l’assurance dans ses relations avec ses clients. La première, c’est, durant le confinement, une distanciation forcée avec les clients ; la deuxième, une détérioration de l’image des assureurs, essentiellement vis-à-vis de la clientèle de professionnels et d’entreprises, du fait de l’incompréhension de ces derniers de l’impossibilité des assureurs de couvrir les pertes d’exploitation causées par le ralentissement brutal, voire l’arrêt pour certains, de leur activité ; la troisième, la mise en évidence de la nécessité de l’intégration de services dans leurs offres.

Cette crise accélère par ailleurs des tendances de fond déjà à l’œuvre : l’explosion des modes de consommation digitaux, le déluge des datas avec de nouvelles possibilités de scoring quasi individualisées, dans un contexte économique et démographique qui tend l’équilibre financier des différents acteurs, chamboule les modèles classiques de l’assurance et pose de nouveaux défis aux assureurs.

 

 

Comment envisager les prochains mois et années ? Quels impacts de la crise sur les différentes branches d’assurances ?
A court et moyen terme il faut préparer et anticiper le choc économique attendu. Et ce choc sera différent selon les branches d’assurance. Par exemple, pour les assureurs santé tous les soins non urgents ont attendu pendant le confinement, il est possible qu’ils aient lieu post confinement, notamment les soins dentaires et les soins optiques. La crise démontre aussi la validité d’une offre de santé incluant une offre de service et notamment l’accès aux soins. L’essor de la téléconsultation pendant la période de confinement en est la meilleure illustration.

 

 

Les assureurs vie, de leur côté, vont devoir reprendre leurs efforts de pédagogie vers des clients ébranlés par la chute des marchés financiers. Plusieurs conséquences sont envisageables, par exemple une hausse des arbitrages vers des supports moins risqués, une baisse de la collecte au profit des comptes courants et de l’épargne règlementée, retour en force des fonds euros… Mais il y a aussi pour les assureurs vie l’opportunité dans les mois à venir de promouvoir par exemple leurs offres de gestion sous mandat, plus protectrices par nature que la gestion libre, ou des produits de type Epargne Retraite avec gestion à horizon.

Difficile de prévoir l’impact de la crise dans les mois qui viennent car les modèles traditionnels d’appréciation du risque en termes de défaillances d’entreprises sont quasiment inopérants dans le contexte actuel. Mais les prévisions économiques anticipent une récession forte et les marchés Pros et Entreprises des assureurs vont se contracter. En IARD la crise économique entraine une augmentation des impayés et un risque de baisse du volume des primes assises sur le CA. Par ailleurs reste à traiter la question des pertes d’exploitation qui dans certains secteurs sont massives. Cette récession économique a évidemment des conséquences sociales et on peut d’ores et déjà constater une augmentation des arrêts de travail, du chômage et en parallèle une augmentation des prestations en prévoyance notamment. Les renouvellements seront probablement plus difficiles en 2021.

 

 

Quelles évolutions anticiper sur le business model des assureurs ?
Le métier d’assureur évolue, se transforme sous la pression des attentes des clients, des possibilités offertes par le digital, des nouveaux entrants sur ce métier qui l’attaquent de façon différente (en théorie, rien n’empêche Google, qui connaît tout de la vie digitale de ses utilisateurs, d’inventer son propre moteur de tarification et de venir s’appuyer sur les assureurs uniquement pour leur capacité de gestion et leur faire porter le risque financier sur leurs comptes) – tout ceci dans un environnement financier inédit de taux très faibles voire négatifs, de vieillissement de la population mondiale et de dérèglement climatique avéré.

Les assureurs, tenants de ce marché doivent se transformer et repenser leurs business models pour raisonner en univers de besoins clients, moments de vie et dans le cadre d’écosystèmes dans lesquels les concurrents sont ceux qui ont accès au client final et répondent à son besoin.

Ils doivent donc sortir de la seule posture de l’appréciation du risque et de l’indemnisation en cas de sinistre pour se positionner en « risk manager » et « partenaires de services » pour leurs clients. C’est un mouvement qui semble aujourd’hui inéluctable, sinon les assureurs risquent de se voir sortis du centre du jeu pour être cantonnés dans le rôle de simples porteurs de risques et gestionnaires de sinistres, au profit d’acteurs qui intègreront le produit d’assurance dans leur offre globale.