Longtemps cantonnés à l’univers crypto, les stablecoins commencent à intéresser les acteurs traditionnels. Sans encore s’imposer, ils s’inscrivent progressivement comme une brique potentielle de l’infrastructure financière.
Premier constat, le stablecoin répond à un besoin technique identifié. « Le seul actif de règlement qui existe aujourd’hui sur la blockchain, c’est le stablecoin », rappelle Stéphanie Cabossioras, Chief Strategy & Global Policy Officer de Société Générale-FORGE. Il permet des paiements instantanés, 24/7, à l’échelle mondiale, là où les infrastructures traditionnelles restent contraintes. Reste à l’intégrer pleinement dans les circuits financiers existants.
Deuxième évolution, les usages se diversifient, sans encore basculer à grande échelle. Daphnée Papiasse, Head of Public Affairs de Kulipa, observe une montée en puissance de cas d’usage concrets, du paiement transfrontalier à la gestion de trésorerie intragroupe, ainsi que des signaux forts du côté des grands acteurs du paiement. Pour autant, l’essentiel des usages reste aujourd’hui concentré dans l’écosystème crypto. Victor Charpiat, Head of Legal and Compliance de Spiko, souligne toutefois une évolution : le stablecoin commence à être utilisé comme moyen de règlement dans des produits régulés, marquant une première forme d’intégration.
Troisième enjeu, la souveraineté. Alors que plus de 99 % des stablecoins sont libellés en dollars, Cyril Armange, directeur des affaires publiques chez Delubac & Cie, alerte sur un risque de dépendance durable. Le stablecoin devient aussi un outil géopolitique, au cœur des infrastructures financières de demain.
L’Europe dispose d’un cadre avec MiCA, souvent cité comme précurseur. Mais pour les intervenants, l’enjeu est désormais ailleurs : transformer cette avance réglementaire en adoption réelle, dans un contexte encore marqué par l’incertitude, la fragmentation et la domination des acteurs américains.
Rédaction : Finance Innovation