« Un nouvel internet est possible », par Jonathan Attia et Thibault Verbiest, Yellaw Avocats et IOUR Foundation

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L’heure est à la fronde contre la dominance des géants de l’internet. Différentes régulations sont annoncées qui visent à contraindre ces géants à respecter des règles de jeu plus saines, plus protectrices des droits des usagers et de la concurrence. Certains, à l’instar du Commissaire Thierry Breton, brandissent même la menace d’un démantèlement, une arme de destruction massive très rarement utilisée dans l’histoire.

Hyper puissance

La puissance des “Big Tech”  s’étend sur toute la verticalité de leur écosystème, services, infrastructure et même standardisation de l’internet. L’équation est inédite et leur position devenue pratiquement inexpugnable.

 

Le désormais célèbre « effet réseau » explique la genèse de la domination actuelle : plus un acteur du web est gros, plus il grossit. Plus il a d’utilisateurs, plus cela devient intéressant pour les utilisateurs suivants de rejoindre cet acteur-là et pas un autre. Les services offerts sont d’autant plus séduisants qu’ils apparaissent « gratuits », au prix d’une marchandisation (et parfois d’une violation) de la vie privée des utilisateurs.

 

Les géants de l’internet ont en outre massivement investi dans leurs propres « tuyaux » (notamment des câbles sous-marins) afin d’amener leurs contenus au plus proche de l’utilisateur.  Il y a 5 ans, ces « chemins d’accès prioritaires » représentaient 25% du trafic mondial sur le web. Aujourd’hui, ils comptent pour 63%. 

 

Cela se traduit dans la qualité du service offert par les géants du Net : un temps de latence fortement réduit par rapport à leurs (éventuels) concurrents. Pensons à une plateforme qui voudrait concurrencer YouTube ou Netflix, mais avec un temps de chargement dix fois plus longs…

 

Au final, nous sommes tous devenus dépendants d’un groupe restreint de fournisseurs de services tout-puissants. 

L’internet des « ressources universelles »

Réformer l’internet pour le rendre plus ouvert est dans l’air du temps. C’est l’objectif de la Fondation d’utilité publique belge IOUR (« Internet of Universal Resources »), qui propose un « nouvel Internet », qui serait la fusion du protocole Internet existant (TCP/IP) avec la technologie blockchain. Il en résulterait un Internet capable de transporter non plus seulement des données, mais aussi des services.

 

La proposition consiste, non pas à remplacer l’internet existant (ce qui serait utopique), mais à le muscler, l’augmenter. 

 

Aujourd’hui, les services Internet sont offerts par une poignée d’entreprises privées. Ces services, que nous utilisons tous les jours, devraient être universels mais ne le sont pas : messagerie électronique, recherche, identité numérique, stockage, intelligence artificielle, capacités de calcul, etc. 

 

La proposition IOUR apporte une changement de paradigme de nature à transformer l’économie digitale : c’est le réseau Internet lui-même qui offre les services, non plus quelques opérateurs privés.

L’exemple du moteur de recherche

Aucun service internet n’est plus concentré que celui de la recherche (94% des recherches ont lieu sur Google). 

 

Cette fonction essentielle peut être offerte par le réseau internet (via son protocole « augmenté »), ce qui aurait pour conséquence un moteur de recherche plus objectif, plus complet et plus respectueux de la vie privée des utilisateurs puisque toutes les données relatives à la recherche (aujourd’hui exploitées par Google) seraient stockées par le réseau de manière décentralisée, et non plus centralisées sur des serveurs privés. De plus, l’utilisateur pourra décider s’il anonymise ou non sa recherche. 

Une économie plus diversifiée

C’est sur cette série de services rendus universels, appartenant au bien commun de l’humanité, que pourrait se greffer une multitude d’entreprises petites, moyennes et grandes, plus à même de lutter à armes égales avec les géants du Net, dans une nouvelle économie plus décentralisée.

Cette vision peut devenir réalité et l’Europe peut la porter, comme une troisième voie, ni américaine, ni chinoise.  Celle d’un internet ouvert, pluraliste et respectueux des libertés fondamentales. Ce n’est qu’une question de volonté.

 

Plus d’informations : le « white paper » de la Fondation IOUR www.iour.org et l’ouvrage à paraître « Un nouvel internet est-il possible ? , Larcier.